[Lost in Creta] From the beach to abandoned villages | Travel Story

CRETE, 2017

A tourist paradise

The 1960s were rich in road trips and tourism planning. Complete unlimited mobility meant systematic seaside development. Unexpected places and all-inclusive vacations emerged. The “all-inclusive” phenomenon is to be understood both literally and symbolically. The Mediterranean coastline, dotted with such places providing a self-sufficient and immobile life, is a striking example of this process. This “dream escapism” is produced non-stop and effortlessly.

“the illusion of perfection or authenticity”

From luxury hotels to family-run guest-houses, everything is designed to give the illusion of perfection or authenticity, of the picturesque and of real life. Images are mass-produced, places are standardized, days are planned from A to Z: Welcome to paradise! Reclining chairs, sometime shiny, sometime mismatched, buzzing golf carts, local breakfasts calibrated to satisfy exotic tastes, custom-sized monuments, and organized excursions are all part of the recipe. This prefabricated universe guarantees risk-free “successful” stays.

Un paradis touristique

Les années 60 ont juxtaposé les roads trips et la planification touristique. L’itinérance absolue et sans limite et la systématisation balnéaire. Les lieux inespérés et les vacances all inclusive. Ces dernières s’entendent tout compris de manière très concrète mais aussi symboliquement. Exemple frappant de ce processus, le littoral de la Méditerranée est jalonné de ces lieux qui permettent une vie autarcique et immobile. « La part de rêve » est produite en permanence sans aucun effort.

“l’illusion de la perfection ou de l’authenticité”

De l’hôtel de luxe à la pension familiale tout est conçu pour donner l’illusion de la perfection ou de l’authenticité, du pittoresque et de la vraie vie. Les images sont produites à la chaîne, les lieux sont standardisés, les journées organisées de A à Z : Bienvenue au paradis ! L’accoutrement est complet du transat, rutilant ou dépareillé, au club-car vrombissant, du petit-déjeuner calibré local à la satisfaction d’un goût exotique, du monument cousu sur mesure aux excursions sous contrôle. Cet univers préfabriqué garantit des séjours « réussis » sans part de risque.

When the tourist becomes a traveler

Sometimes the juxtaposition of these two worlds is striking. Some areas offer the possibility of a double game. As an island, Crete features a pure and wild territory which contrasts with the overrepresented sterilized zones dedicated to organized tourism. Tourists can shed the skin of their former selves and become travelers, true actors of their trip. They can experience a sharp change of course.

Quand le touriste devient voyageur

Parfois, la juxtaposition des deux univers est frappante. Certains territoires offrent la possibilité d’un double jeu. L’insularité de la Crête met en relief un territoire vierge et sauvage à l’opposé de l’espace aseptisé du tourisme organisé très présent par ailleurs sur l’île. Le touriste pourra connaître une mue décisive et devenir un voyageur, acteur de son trip. Changement de cap.

Our starting point is Elounda Bay, a breathtaking view over a clear sea. Along the coastal road, we see restaurants, shops, as well as giant inflatable swans and pink flamingos.

Au point de départ, la baie d’Elounda. Une vue imprenable sur une mer limpide. Le long de la route qui longe le littoral, des restaurants, des commerces, des flamands roses et des cygnes gonflés à bloc.

Our destination has not been determined

We venture into the hinterland. Our destination has not been determined. What we are seeking is a feeling of estrangement, another point of view. As we leave the village, we come across a monastery-shaped milestone. Under a representation of the Christ that reminds us of Kazantsakis, we wonder, is it a good or a bad omen? We have a choice between the Old road and the New road. We are not in any rush. We pick the Old road. The map of the region offers the pretense of a village.

Later, we will understand that we will never see it. The already narrow road becomes thinner as the kilometers go by. We pass villages that appear to be less and less ready to great us. The severity of the winters and the aridity of the summers have made the inhabitants’ skin leather-like. Sitting on wobbly chairs, their eyes follow our car for as long as it is visible, out of curiosity, boredom, or disenchantment. While strangers are sometimes looked at coldly, greeted with a scowl, at other times, they meet a friendly face.

La destination est aléatoire

Nous nous engageons vers l’arrière-pays. La destination est aléatoire. Ce que nous cherchons c’est l’ailleurs, un autre point de vue. A la sortie du village, une borne milliaire en forme de monastère. Sous l’emblème christique qui rappelle Kazantsakis, est-ce un bon ou mauvais présage ? Nous avons le choix entre Old road et New road. Nous n’avons pas d’impératif majeur. Direction Old road. La carte de la région offre le prétexte d’un village.

Plus tard, nous comprendrons que nous ne le verrons jamais. La route déjà étroite se rétrécit au fur et à mesure des kilomètres. Nous dépassons des villages de moins en moins apprêtés. La rigueur des hivers et l’aridité des étés ont tannés la peau des habitants. Assis sur des chaises bancales, ils suivent notre voiture tant qu’elle est visible. Par curiosité, ennui ou désenchantement. L’étranger est regardé parfois froidement, de travers, parfois plus amicalement.

A no man’s land

A few kilometers after we leave the village with a forgotten name, a herd of goats rushes from the left, crosses in front of us and climbs the mound on the right of the road. There are about twenty animals. We continue and pass a village flattened by the sun and by stupor. At the next crossing, we turn left. A sign indicates an archaeological site. It is hard to believe that the road leading to the site actually exists. On both sides shrubs and bushes swallow and overflow the roadsides, narrowing further the width of a road which is only half covered with tar. The site is closed. We pass by another sign indicating a zoo. We head out in the opposite direction.

Our destination becomes completely random and secondary. At a fork, we continue on a winding, tortuous road partially covered with gravel. In front of us, there is a no man’s land: An open-air dump; thistles; and fields of olive trees. They cover the plain and hillsides as far as the eye can see. These, as we make progress, turn into mountains that are arid, bare, battered, and worn out.

Un no man’s land

Quelques kilomètres après la sortie d’un village au nom oublié, un troupeau de chèvres déboule de la gauche, traverse devant nous et gravit le monticule sur la droite de la route. Une vingtaine de bêtes. Nous continuons et dépassons un village écrasé de soleil et de lassitude. Au croisement suivant nous empruntons la route de gauche. Un panneau indique un site archéologique. La route qui y mène est improbable. De part et d’autre, les arbustes et autres buissons mangent et débordent les bas-côtés, rétrécissant encore la largeur d’un chemin à demi recouvert de goudron. Le site est fermé. Nous passons devant un autre panneau indiquant un parc zoologique. Nous filons dans la direction opposée.

Notre destination devient définitivement aléatoire et secondaire. A un embranchement, nous poursuivons sur une route sinueuse, tortueuse, partiellement recouverte de gravillons. Devant nous, un no man’s land. Une décharge à ciel ouvert. Des chardons. A perte de vue des champs d’oliviers recouvrent la plaine et les flancs des collines qui au fur et à mesure de notre avancée se transforment en montagnes, arides, pelées, usées jusqu’à la corde.

“Bathtubs are arranged around this pretend town square”

A chained dog, hungry and furious, barks out all his pain and aggressiveness at us. On the right, in this miserable hinterland, we see a house in ruins. We stop. The house is not spectacular but it conveys a singular atmosphere. Further on, other buildings close to collapsing appear at regular intervals. We see what looks like a town square with a dirt ground. Bathtubs are arranged around this pretend town square. They are improvised drinking troughs. There is a dozen uninhabitable houses, invaded by thistles and various other dried out plants. We think that two or three homes may be inhabited. There is a white car form a bygone era behind a wall. We continue on and realize, a few meters later, that we’ve reached a dead-end.

“Des baignoires sont disposées autour de la vraie fausse place, abreuvoirs improvisés”

Un chien enchaîné, affamé, fou de rage nous aboie toute sa douleur et son agressivité. Sur la droite, dans cet arrière-pays misérable, une maison en ruine. Nous nous arrêtons. La maison n’est pas spectaculaire mais participe d’une ambiance particulière. Plus loin, d’autres bâtisses manquant de s’effondrer sont postées à intervalles réguliers. Une sorte de place en terre battue. Des baignoires sont disposées autour de la vraie fausse place, abreuvoirs improvisés. Une dizaine de maisons inhabitables, envahies par les chardons et autres plantes asséchées. Deux ou trois sont peut-être occupées. Une voiture blanche d’un autre âge derrière une façade. En poursuivant la route de quelques mètres, nous comprenons qu’il s’agit d’un cul-de-sac.

Faith is strong here

We turn around. There are other starving dogs kept on a lead. Here comes another fork, a new road which is also in a state of chaos. In another village which is less dilapidated, there is a tavern. Its only customer peers into the lit-up screen of his laptop, surfing the vast web of the internet. We are surprised by this anachronism in an atmosphere that evokes older times. We ask him how to get to our destination. The man gestures and spits up a few words. He is not friendly. We pass other villages that are almost in ruins or abandoned.

After about twenty minutes on a road that qualify as a road only by name, we stumble upon a more opulent village. The only tavern is dashing in its blue and white clothes. The patrons are tourists who are staying in nearby homes. It is the only place that is not totally destitute on our day’s itinerary. Tourists on their way to lunch are renting brand new ATVs. Standardized tourism invents new places of pilgrimage for itself. A week with an ATV away from everything: Wonderful! Surprisingly, in the villages we came across, whether they were dilapidated or not, the church and its fresh coat of paint, sits in the middle as on a throne. Faith is strong here. The surrounding poverty puts the dapper liturgical center on a pedestal. The contrast is quite striking.

La foi est exemplaire

Demi-tour, d’autres chiens attachés, crevant de faim. Nouveau croisement, nouvelle route, toujours chaotique. Dans un autre village, moins délabré, une taverne. Un seul client avec un ordinateur portable allumé sur la vaste toile du net. Étonnement. Sorte d’anachronisme dans cette ambiance d’un temps révolu. Nous lui demandons la route pour rejoindre notre destination. Un geste et des mots avalés. Le type est rugueux. Nous dépassons d’autres villages presque en ruines ou abandonnés.

Après une vingtaine de minutes sur une route qui n’en porte que le nom, un village cossu. L’unique taverne est pimpante dans ses habits bleus et blancs. Il y a une clientèle de touristes qui occupent des résidences attenantes. Sur tout l’itinéraire parcouru, c’est le seul endroit qui ne soit pas totalement démuni. Les touristes apprêtés pour le déjeuner louent des quads tout neufs. Le tourisme standardisé s’invente de nouveaux lieux de pèlerinage. Une semaine en quad loin de tout. Grandiose ! De manière étonnante, dans les villages traversés, déshérités ou non, l’église trône repeinte à neuf. La foi est exemplaire. Misère environnante valorisant le centre liturgique pimpant. Contraste assez saisissant.

“The road seems to go down to the shore”

As the early afternoon torpor settles, we turn on a coastal road. Our gaze plunges into striking ravines. The road seems to go down to the shore. At the end, under ever-present winds, we see a rocky coastline, steep, inhospitable, rugged. White foam strikes the shore. A church, looking like it was built yesterday, stands in this moon-like setting. It is so isolated that it must be a church for intergalactic pilgrims. Another road calls us. 

“La route semble descendre jusqu’au rivage”

Dans la torpeur du début de l’après-midi, nous nous engageons sur une route côtière. Le regard plonge vers des ravins impressionnants. La route semble descendre jusqu’au rivage. Au bout de la route, sous des vents incessants, un littoral de rocailles, escarpé, inhospitalier, accidenté. L’écume blanche strie le littoral. Une église comme érigée la veille est plantée dans ce décor semi lunaire. Une église pour des pèlerins intergalactiques tellement elle est inaccessible par la route. Un autre itinéraire à suivre.

Rugged landscapes, crushed by heat and swallowed up by winds; monasteries standing in the middle of nowhere; burnt coastlines; battered roads; olive trees as far as the eye can see; and abandoned villages create a captivating alchemy. This alternate and random itinerary that has no precise objective fills us up with a feeling of sensory fantasy.

Les paysages rudes, écrasés de chaleur, consumés par les vents, les monastères plantés au milieu de nulle part, le littoral brûlé, les routes cabossées, les oliviers à perte de vue et les villages abandonnés produisent une alchimie captivante. C’est un itinéraire bis et aléatoire sans objectif précis qui donne une nourriture sensible fantasmatique.

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